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Monsieur V. ne rêvait que d’une chose, transporter sa petite famille (et accessoirement sa planche de surf, son snow et ses skis) dans sa Picasso C3, acquise tout récemment. Pour cela, il fallait que la carte grise de la Picasso porte le nom de son nouveau propriétaire.

Monsieur V., très soucieux de se conformer à la loi, chercha sur Internet les démarches et les formalités pour obtenir une nouvelle carte grise. Perdu il était Monsieur V. face à ces centaines de sites qui proposaient, à prix alléchants, une carte grise en un clic ! C’est finalement sur le site service-public.fr qu'il s’arrêta et tenta de trouver le formulaire adapté. Des heures passées à cliquer de liens en liens pour obtenir le graal : la notice explicative de la déclaration de cession et la demande de certificat d’immatriculation.

Tout n’était pas très bien indiqué sur cette notice, il manquait notamment le montant et l’ordre du chèque à joindre au dossier. Monsieur V. s’empressa de téléphoner à la préfecture pour obtenir des réponses. Madame l’agent administratif de la préfecture parut dérangée de cet appel, elle évita toute forme de politesse et gronda le tarif demandé. Monsieur V. n’osa pas abuser de son accueil si chaleureux et ravala ses autres questions.  

C’est alors (à peu près) confiant que Monsieur V. constitua son dossier et se présenta un 31 décembre à la préfecture. Malheureusement, ce jour-là, les bureaux étaient fermés pour cause de flémingite aiguë de tout le personnel en ces temps si froids à Marseille. Monsieur V. ne s’avéra pas vaincu et retenta sa chance le 2 janvier au petit matin, vers 9h environ, ce qui lui laissait largement le temps, avait-il planifié, de déposer son dossier et de filer chez le dentiste avec qui il avait pris rendez-vous. Arrivé à cette heure si matinale, pensait-il, il serait certainement l’un des premiers soupirants.

Que n’avait-il pas osé songer ! Serpentait, devant lui, une file à perte de vue. Prenant son mal en patience, Monsieur V. fit la queue, comme tout le monde. Une heure s’écoula et il n’avait toujours pas atteint le premier guichet. C'était le pré-guichet, celui qui permettait d’accéder au véritable guichet, là où les dossiers étaient vraiment examinés (à condition, bien-sûr, de n’avoir pas été refoulé au pré-guichet, là où on vérifie que les dossiers sont complets). Monsieur V. abandonna, craignant un retard chez le dentiste.

Madame H., la compagne de Monsieur V., tomba sur une information des plus intéressantes : point besoin d’aller en préfecture, le dossier peut être déposé en mairie ! Madame H., qui ne travaillait pas, proposa à son compagnon de s'y rendre. Armée du précieux dossier, elle se présenta à l'hôtel de ville flambant neuf de son village. L’accueil fut pour le moins incongru : Madame H. était invitée à prendre un ticket et à patienter alors même qu’elle était seule dans la salle d'attente et qu'il n'y avait personne dans le bureau concerné...

Quelques minutes s'écoulèrent quand le numéro de son ticket s’afficha sur le panneau. Madame l’agent administratif de la mairie, confortablement installée dans son fauteuil, posa sa tasse de café et fit un signe de tête conviant la soupirante Madame H. à entrer.

Suite au prochain épisode.