Mais pourquoi, bordel, ai-je récidivé ??

J'avais pourtant suivi un programme intensif de désintox, il y a à peine deux ans :

"Bonjour, je m'appelle Julie et je suis accroc."

"Bonjour Julie !!!", répondirent-ils tous en coeur avec une mine compatissante.

Et l'animatrice de demander : "Julie, pouvez-vous nous dire pourquoi vous êtes parmi nous aujourd'hui ?"

"Et bien, je voudrais me débarrasser une bonne foi pour toute de mon addiction. Je ne veux plus souffrir. Trois années, que dis-je, presque quatre ans que je ne dors plus.

Au début, c'était le kiffe, la sensation de planer, d'avoir une vision psychédélique des choses, le sourire aux lèvres en permanence. Je n'ai même pas fait attention aux cernes qui se formaient petit à petit sous mes yeux. J'étais tout le temps perchée, dans mon monde. Je ne m'apercevais pas de mon laisser aller: plus de maquillage, jogging et robe de chambre à midi. Progressivement, ça a été la descente aux enfers. J'en ai conscience aujourd'hui mais je me sens coincée.  

Elle me donne de la force, elle me désinhibe. Je ne vis qu'à travers elle. Quand elle est là, c'est l'over dose, quand elle n'est pas là, c'est le manque. Au début, je la dévore des yeux puis je la palpe et, c'est inévitable, je finis par fourrer mon nez dedans. Je la sniffe sans aucun complexe. Pourtant, je sais qu'elle me bouffe de l'intérieur. Je lui donne tout : mon énergie, mon temps, mon sommeil. Je me prive même parfois d'une partie de mon repas. Quand il s'agit d'elle je me coupe en deux, je me courbe, je m'échine, je m'incline.   

Et puis, une donnée non négligeable, elle me coûte cher. Une bonne partie de mon salaire part chez les dealers. Ah, ça, j'en ai croisé des dealers de joie. Tous des clowns. Ils sont partout : dans les magasins, à la piscine, à la bibliothèque...ils font la sortie des crèches et des écoles, on les voit même à la télé. J'ai passé des heures à traîner dans les jardins publics, aux côtés d'autres junkys, à la recherche de ma dose quotidienne. C'était triste à voir et en même temps ce sont mes meilleurs souvenirs. Le paradoxe de la toxicomanie, peut-être.  

Heureusement que je suis entourée. C'est ce qui m'empêche de sombrer. Dans les moments où mes proches sont là, je respire un peu. C'est comme si je leur donnais une part de mon addiction, que je partageais ma douleur. D'ailleurs, il y en a que j'ai entraînés dans ma chute. D'une certaine manière, ça me rassure. Je culpabilise moins. Je me dis que je ne suis pas la seule à être tombée dans ce cycle infernal.

C'est aussi pour ça que je suis là aujourd'hui. Parler avec vous de ma relation avec ma fille me fait du bien. Je sais que vous aussi, parents, vous êtes confrontés aux mêmes angoisses, à la même culpabilité, à la même drogue qu'est l'amour porté à vos enfants."

 

Grâce à ce programme de soutien des PAA (Parents Accrocs Anonymes), grâce aux dizaines de bouquins qui m'ont appris à mieux connaître le fonctionnement de ma fille et le mien, et surtout, grâce à l'expérience, j'ai commencé à sortir la tête de l'eau.

J'ai apprivoisé ma dépendance. 

 

Mais voilà.

Il y a peu, cinq mois exactement, j'ai rechuté.

Pourquoi ?

Comme l'envie de retrouver les sensations du début ? Comme quand on tombe amoureux et que l'on embrasse pour la première fois ?

Comme si cette came n'était plus assez forte ? Mon corps et mon coeur se sont accoutumés, si bien que je veux doubler la dose ?

J'ai oublié les douleurs ? Ou bien je les nie ? A la recherche de plus de chatouilles, de papouilles et de câlins. Toujours plus d'extase, de plaisir, de nirvana.

Serai-je sevrée avant qu'il ne le soit ?

Vais-je pouvoir élargir le sourire qui est déjà gravé sur mes lèvres ?

Vais-je pouvoir me relever des nuits blanches, des bourdonnements dans les oreilles, des odeurs de lait caillé sur ma robe de chambre à midi ?

Vais-je pouvoir modérer mon accoutumance ?

Ce second shoot signifie-t-il que je ne peux exister qu'à travers ce stupéfiant ?

Stupéfiant. C'est bien le mot.

 

Mais au fond, peut-être née-je aucun pouvoir.

C'est peut-être le psychotrope de la vie qui m'a choisie.

Psychotrope : substance qui donne une direction à l'esprit. 

Alors, bienvenue à toi mon Choupi psychotrope d'amour* !

Je te promets d'être aussi imparfaite que d'habitude et de me laisser diriger par la vie. 

http://soocurious.com/fr/plante-pousse-vie/plante-trottoir/

 

 *Non, je ne vais pas appeler mon gamin "psychotrope". Voyons, quand-même.