Deux semaines, trois jours, 6 heures et 38 minutes exactement après l'attentat de Charlie Hebdo, je suis allée faire les courses.

Au rayon surgelés, j'ai passé cinq bonnes minutes à zyeuter tour à tour les Magnums, les pots d'Häagen Dazs et les Vienneta. J'ai finalement pris  des steaks hachés.  

Au rayon lait, une femme a essayé de voler mon caddie : "Je croyais qu'il n'était à personne" me rétorqua-t-elle. Elle avait vidé son contenu mais gardé mon sac isotherme.

Au rayon légumes, j'ai gardé mon caddie près de moi. 

Au rayon boulangerie, j'ai croisé une fille qui finissait de manger sa pâtisserie. Puis elle a jeté la boite.

Au rayon pâtisserie, j'ai vu un caddie plein à craquer de paquets de farine, de pots de Nuttella et de boites d'oeufs.

Au rayon hygiène et beauté, j'ai vu une dame ouvrir une boite de parfum, s'asperger et remettre le flacon dans le rayon.

Au rayon confiseries, j'ai vu un paquet de bonbons éventré. J'ai hésité à en prendre un.

Au rayon vêtements, j'ai vu 5 enfants essayer des lunettes de soleil en chahutant. Leur père téléphonait.

Au rayon couches, j'ai vu une dame en tailleur et talons hauts avec un sac à patates dans les bras.

Aux caisses rapides, j'ai vu une mère et sa fille acheter une boite de préservatifs et un paquet de yaourts 0%.

A ma caisse, j'ai entendu une femme dire à son mari : "Tu en as pris à la menthe ? J'aime pas à la menthe, je préfère à l'orange", tout en lui passant une dizaine de plaquettes de chocolat.

J'en ai eu pour 78euros.

Deux semaines, trois jours, 6 heures et 38 minutes exactement après l'attentat de Charlie Hebdo, je suis allée faire les courses.

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